Deux personnes gagnent 40 000 € dans l’année. L’une a travaillé pour les obtenir. L’autre les a perçus en intérêts, dividendes ou plus-value. En France, comme dans presque toute l’Europe, la seconde paie moins. Ce n’est pas une erreur : c’est dans la loi, et il vaut la peine de comprendre pourquoi avant de décider si c’est justifié.
Deux systèmes dans le même impôt
Les revenus du travail passent par le barème progressif : plus le revenu monte, plus le taux appliqué à la fraction supérieure augmente, jusqu’aux tranches les plus hautes — auxquelles s’ajoutent les prélèvements sociaux.
Les revenus du capital relèvent du prélèvement forfaitaire unique : un taux global fixe de 30 %, prélèvements sociaux compris, quel que soit le montant. L’option pour le barème reste possible, mais elle n’est avantageuse qu’aux revenus modestes.
La conséquence est arithmétique : plus le revenu est élevé, plus l’écart se creuse entre le gagner en travaillant et le gagner avec du capital. Au-delà d’un certain niveau, le salaire est imposé à un taux marginal nettement supérieur à 30 %, tandis que le capital reste à 30 %.
Les arguments en faveur, qui existent
Le capital se déplace. Un épargnant transfère son argent en un jour ; un salarié ne change pas de vie aussi facilement. Trop le taxer le fait partir, et alors on ne taxe plus rien. C’est l’argument explicite qui a présidé à la création du PFU.
La double imposition. Les bénéfices d’une société ont déjà payé l’impôt sur les sociétés avant d’arriver à l’associé en dividende. Le taux réduit en aval corrige partiellement ce cumul.
L’inflation. Une plus-value nominale n’est pas forcément un gain réel si les prix ont monté entre-temps, et l’impôt ne fait pas la différence.
Et ceux qui vont contre
Le premier est évident : le capital est concentré. Si les revenus du capital se trouvent surtout en haut de la distribution et sont imposés à taux fixe plus bas, le système est moins progressif que le barème ne le laisse croire.
Le deuxième est que l’argument de la mobilité est devenu circulaire : on taxe peu parce que ça part, et comme on taxe peu ça ne part pas, ce qui confirme le choix. Tant que les pays ne se coordonnent pas, l’équilibre tient par crainte, pas par conviction.
Le troisième est de perception. Celui qui regarde sa fiche de paie puis lit qu’un revenu équivalent paie moitié moins cesse de croire au système. Et un système fiscal auquel on ne croit pas est moins bien respecté, ce qui finit par coûter à tout le monde.
Ce qu’on dit rarement
Ce n’est pas un débat entre taxer et ne pas taxer : c’est un débat sur qui. Chaque euro non prélevé sur le capital est prélevé sur le travail, sur la consommation, ou n’est pas prélevé et un service se réduit. La question utile n’est pas de savoir si l’écart est juste dans l’absolu, mais si la raison technique qui le justifie correspond encore au monde dans lequel on vit.
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Ce texte est une opinion et une analyse. Ce n’est pas un conseil fiscal.